Peste

29 septembre 2026
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L’essentiel

  • La peste est une zoonose due au bacille Yersinia pestis, que l’on trouve habituellement chez les petits mammifères et les puces qui les parasitent.
  • Les sujets infectés par Y. pestis présentent souvent des symptômes après une période d’incubation comprise entre un et sept jours.
  • La peste bubonique est la forme clinique la plus courante de peste. Elle se caractérise par des adénopathies douloureuses, les « bubons ». La peste septicémique et la peste pulmonaire sont des formes moins fréquentes, mais sévères, de la maladie.
  • La peste se transmet de l’animal à l’être humain par la piqûre de puces infectées, par contact direct avec des tissus infectés et par inhalation de particules respiratoires infectées.
  • Elle peut être très grave chez l’être humain. Le taux de létalité est de 30 % à 60 % pour la forme bubonique et les formes pulmonaire et septicémique sont presque toujours mortelles en l’absence de traitement.
  • Comme il existe un traitement antibiotique efficace contre le bacille de la peste, le diagnostic et le traitement permettent de sauver des vies.
  • La peste humaine reste endémique dans plusieurs pays. La plupart des cas signalés à l’OMS de 2019 à 2025 sont survenus à Madagascar et en République démocratique du Congo.

Vue d’ensemble

La peste est une maladie infectieuse due au bacille Yersinia pestis, que l’on trouve habituellement chez les petits mammifères et les puces qui les parasitent. Elle se transmet d’un animal à l’autre par les puces. Les êtres humains peuvent être infectés :

  • par la piqûre de puces vectrices infectées ;
  • par contact non protégé avec des liquides corporels infectieux ou des objets contaminés ;
  • par inhalation de particules respiratoires venant d’un patient atteint de peste pulmonaire.

La peste est une maladie très grave chez l’être humain, en particulier lorsque le bacille entre dans la circulation sanguine (peste septicémique) ou atteint les poumons (peste pulmonaire). En l’absence de traitement, le taux de létalité est compris entre 30 % et 100 %. Les formes pulmonaire et septicémique sont toujours mortelles si un traitement n’est pas instauré rapidement.

La peste pulmonaire est particulièrement contagieuse et peut provoquer de graves épidémies, car elle se transmet par inhalation de particules respiratoires.

Au cours de l’histoire, la peste a été responsable de pandémies de grande ampleur responsables d’une forte mortalité. Connue sous le nom de « peste noire » au XIVe siècle, elle a provoqué plus de 50 millions de morts en Europe. De nos jours, la peste peut être traitée facilement à l’aide d’antibiotiques et prévenue grâce à l’application de précautions standard.

Formes de peste

Il existe trois formes cliniques de peste : la peste bubonique, la peste pulmonaire et la peste septicémique.

  • La peste bubonique, due à la piqûre d’une puce infectée, est la forme la plus courante. Le bacille de la peste, Y. pestis, pénètre au niveau de la piqûre et emprunte le système lymphatique jusqu’au ganglion le plus proche, où il se multiplie. Le ganglion lymphatique devient enflammé, tendu et douloureux : c’est ce que l’on appelle un « bubon ». À des stades avancés de l’infection, les ganglions lymphatiques enflammés peuvent s’ulcérer et suppurer. La transmission interhumaine de la peste bubonique est rare. Le bacille peut se propager et atteindre les poumons, ce qui provoque la forme pulmonaire, ou entrer dans la circulation sanguine, ce qui provoque la forme septicémique de la maladie.
  • La peste pulmonaire est la forme la plus virulente. La période d’incubation peut durer 24 heures à peine. Toute personne présentant une peste pulmonaire peut transmettre la maladie par l’intermédiaire de particules respiratoires. Si elle n’est pas diagnostiquée et traitée précocement, cette forme peut être mortelle. Toutefois, les taux de guérison sont élevés si elle est détectée et traitée à temps (dans les 24 heures suivant l’apparition des symptômes).
  • La peste septicémique survient lorsque Y. pestis se multiplie rapidement dans la circulation sanguine. Elle peut être consécutive à n’importe quelle autre forme de peste. Elle peut entraîner de graves complications, notamment une défaillance d’organes, des lésions tissulaires, une détresse respiratoire et des saignements sous-cutanés. En l’absence de traitement la peste septicémique est mortelle.

Signes et symptômes

Les signes et symptômes peuvent varier selon le type de peste.

  • La peste bubonique se manifeste généralement par une fièvre d’apparition brutale, des frissons, des céphalées, des douleurs, un état de faiblesse, des vomissements et des nausées, ainsi que l’apparition éventuelle de ganglions enflammés et douloureux.
  • Les symptômes de la forme pulmonaire apparaissent rapidement (parfois moins de 24 heures) après l’infection. Ce sont des symptômes respiratoires sévères (dyspnée et toux, souvent accompagnées de crachats sanglants).
  • La peste septicémique se manifeste par des saignements sous-cutanés et, dans certains cas, par une cyanose et une nécrose des extrémités. La maladie peut également entraîner une défaillance multiviscérale et de graves difficultés respiratoires.

Où la peste sévit-elle ?

La peste animale sévit sur tous les continents, sauf l’Océanie. Il existe un risque de peste humaine dès qu’un foyer naturel (bacille, réservoir animal et vecteur) et une population humaine coexistent.

Human plague cases reported to WHO, by country, 2019 to 2025

Figure 1 : Pays qui ont signalé des cas de peste humaine à l’OMS, de 2019 à 2025. Il peut y avoir des foyers de peste même dans les pays qui n’ont pas signalé de cas.

Des épidémies de peste sont survenues en Afrique, en Asie et en Amérique du Sud, mais, depuis les années 1990, la plupart des cas humains ont été signalés en Afrique, en particulier à Madagascar et en République démocratique du Congo. À Madagascar, des cas de peste bubonique sont enregistrés presque chaque année pendant la saison épidémique (entre septembre et avril).

Diagnostic

La confirmation de la peste nécessite des analyses de laboratoire. Le meilleur moyen est d’identifier Y. pestis dans un échantillon de pus provenant d’un bubon, dans le sang ou dans les expectorations. Différentes techniques permettent de détecter un antigène spécifique du bacille. L’une d’entre elles est un test rapide sur bandelette, qui a été validé en laboratoire et dont l’utilisation s’est maintenant généralisée en Afrique et en Amérique du Sud, avec l’appui de l’OMS.

Traitement

Comme, en l’absence de traitement, la peste pulmonaire peut entraîner rapidement la mort, la précocité du diagnostic et du traitement est essentielle pour assurer la survie et limiter les complications. Les antibiotiques et le traitement symptomatique sont efficaces si le diagnostic est posé à temps. En l’absence de traitement, la peste pulmonaire peut être mortelle dans un délai de 18 à 24 heures après l’apparition des symptômes, mais les antibiotiques courants efficaces contre les entérobactéries (bacilles à Gram négatif) permettent d’obtenir la guérison s’ils sont administrés précocement.

Prévention

Les mesures préventives consistent à informer la population de la présence de la peste zoonotique et à lui recommander de prendre des précautions contre les piqûres de puces et de ne pas manipuler de carcasses d’animaux. Il faut recommander, en général, d’éviter tout contact direct avec des liquides biologiques et des tissus infectés. Il faut prendre des précautions lors de la manipulation de patients potentiellement infectés et de la collecte d’échantillons.

Vaccination

L’OMS ne recommande pas la vaccination, sauf pour les groupes à haut risque (le personnel des laboratoires exposé en permanence au risque de contamination et les agents de santé).

Gestion des flambées épidémiques de peste

  • Trouver et éliminer la source de l’infection. Identifier la source la plus probable dans la zone où le ou les cas humains ont été exposés, en recherchant typiquement les zones où de petits animaux sont morts en grand nombre. Mettre en œuvre des procédures de lutte anti-infectieuse appropriées. Il faut lutter contre les vecteurs (les puces) avant de tuer les rongeurs, afin que les puces ne changent pas d’hôtes.
  • Protéger les agents de santé. Il faut informer les agents de santé et les former à la lutte anti-infectieuse. Ceux qui sont en contact direct avec des patients atteints de peste pulmonaire doivent porter un équipement de protection individuelle standard et prendre des antibiotiques (chimioprophylaxie) pendant sept jours au moins ou tant que dure l’exposition aux patients infectés.
  • Assurer un traitement correct. Vérifier que l’antibiothérapie adéquate est administrée et qu’il y a des stocks suffisants d’antibiotiques au niveau local.
  • Isoler les patients atteints de peste pulmonaire. Cette mesure s’impose pour éviter que d’autres personnes ne soient infectées. On peut réduire la propagation de la maladie en fournissant des masques aux patients atteints de peste pulmonaire.
  • Surveillance. Il faut identifier et suivre les contacts étroits des patients atteints de peste pulmonaire et leur administrer une chimioprophylaxie pendant sept jours. Les membres d’un foyer où vivent des patients atteints de peste bubonique doivent également recevoir une chimioprophylaxie.
  • Obtenir des échantillons. Les échantillons doivent être collectés avec soin, en appliquant des procédures de lutte anti-infectieuse appropriées, et envoyés au laboratoire pour analyse.
  • Désinfection. Il est recommandé de se laver systématiquement les mains à l’eau et au savon ou au moyen d’une solution hydroalcoolique. Les parties du corps plus étendues peuvent être désinfectées avec de l’eau de Javel diluée à 10 % (le mélange doit être fait à nouveau chaque jour).
  • Sécuriser les inhumations. Il est déconseillé de pulvériser un désinfectant sur le visage ou la cage thoracique d’une personne dont on soupçonne que le décès est dû à la peste pulmonaire. Ces zones doivent être couvertes d’un tissu ou d’une matière absorbante imbibé(e) de désinfectant.

Surveillance et lutte contre la peste

La surveillance et la lutte supposent d’étudier les espèces d’animaux et de puces porteuses de la maladie dans la région et d’élaborer des programmes de gestion de l’environnement pour comprendre le cycle naturel de la zoonose et limiter la propagation. La surveillance régulière des populations animales là où la peste sévit, associée à une action rapide lors de la détection d’épidémies animales, a contribué à réduire le nombre de flambées de peste chez l’être humain. Il est essentiel que les soignants soient informés, vigilants et soutenus par des communautés mobilisées pour que les flambées de peste soient détectées rapidement et combattues efficacement. Les soignants et les communautés facilitent un diagnostic et un traitement précoces, identifient les facteurs de risque, renforcent la surveillance des populations humaines et animales et assurent la notification rapide des cas aux autorités de santé publique.

Action de l’OMS

L’OMS vise à éviter les flambées de peste en maintenant la surveillance et en aidant les pays à se préparer. Comme le type de réservoir animal varie suivant la région et influe sur le risque et les conditions de la transmission à l’être humain, l’OMS a établi des lignes directrices spécifiques pour le sous-continent indien, l’Amérique du Sud et l’Afrique subsaharienne.

Elle collabore avec les ministères de la santé pour aider les pays à faire face aux flambées épidémiques et à mettre en place des activités de lutte sur le terrain.